Le livre autobiographique de Philippa Motte réveille en moi une peur irrationnelle. Celle de la folie, de la santé mentale déclinante, peur de l’enfermement, d’être soumise à la loi des seuls soignants sans pouvoir maîtriser mes décisions.
Les chiffres sont suffisamment parlants : 1 personne sur 4 va souffrir d’un trouble mental à un moment de sa vie. Personne n’est donc à l’abri.
Que se passe-t-il lorsque le cerveau vrille ? Comment sont censés réagir nos proches ? Quel type de soins peuvent être mis en place tout en respectant l’intégrité d’une personne déjà en souffrance ?
Le témoignage de Philippa Motte est d’une violence inouïe. Il met un coup de projecteur glaçant sur l’internement sous contrainte.
Les patients privés de dignité en même temps que de leur liberté, y subissent parfois une certaine forme d’avilissement (selon le contexte, car il y a aussi en psychiatrie une médecine à deux vitesses selon qu’on ait les moyens ou pas d’être traité dignement).
Les maladies mentales sont la plupart du temps invisibilisées, comme si la société ne voulait pas les voir : soit que le traitement médicamenteux et thérapeutique suffit à apaiser le malade qui vit presque normalement (mais en ingurgitant souvent une grande quantité d’antidépresseurs et d’anxiolytiques), soit qu’on enferme la personne en période de crise.
Parce que la société ne se donne pas les moyens de prévenir ces moments, qu’elle reconnaît la détresse mentale lorsqu’il est trop tard pour agir et que les signes sont alors bien voyants.
Et pourtant, c’est bien en hôpital psychiatrique, lieu de déshumanisation abyssale, que Philippa Motte fera quelques-unes de ses plus belles rencontres.
De celles qui vous aident à tenir un jour de plus, d’endurer l’injustice, les petites mesquineries abjectes de certains soignants qui se pensent au-dessus de tout, brimant des patients en grandes désespérances sans que ceux-ci n’aient les moyens de le contester.
Que faire du consentement ? Quand la parole de celui qu’on taxe de fou ne semble plus digne de confiance…
Comment devrions-nous traiter les souffrances psychiques ?
La santé mentale était une Grande Cause nationale en 2025, mais depuis rien n’a vraiment changé. Philippa Motte peut compter sur sa famille, mais qu’en est-il des populations précaires beaucoup plus vulnérables ?
Un livre qui questionne et éclaire une réalité difficile.
Plus d’infos sur le site de l’éditeur
Résumé :
« Ici, soigner c’est prescrire. La confiance n’est pas un enjeu fondamental. La confiance est entre les mains des murs, des portes closes, des mots savants, des piqûres et des sangles qu’ils utiliseront pour me maîtriser si je me risque à exprimer le fond de ma pensée. »
Philippa Motte est internée sous contrainte dans un service psychiatrique. Elle y reste plusieurs mois, assommée de médicaments et confrontée à la brutalité de certaines pratiques de soins.
Pour tenir, elle s’allie aux autres patients et fait certaines des plus belles rencontres de sa vie. Longtemps blessée par le regard d’une société qui marginalise ceux qui souffrent psychiquement, c’est finalement dans la lutte pour préserver son identité que Philippa trouve son humanité profonde.
Un récit puissant qui donne à ressentir les violences psychiatriques, et qui rend leur dignité à celles et ceux qui les subissent.

Découvrir le livre engagé : Les hommes non plus n’aiment pas les cons, de Sarah Barukh
























