Grace Ly explore dans ce roman, traversé d’humour cynique et de sincérité, les ambivalences que l’on ressent pour sa propre famille, ses racines et les ressorts inattendus de l’expatriation qui nous y ramènent parfois avec brutalité.
L’expatriation est une sorte de stratégie d’éloignement qui permet à la jeune Sam-Yut non seulement de se confronter à sa propre vision du monde, mais aussi de grandir sans la pression que pourrait représenter son histoire familiale, en particulier celle de ses parents exilés en France.
Hong-Kong représente la nouveauté, l’aventure, le luxe qu’elle ne trouve pas dans sa vie actuelle. Elle s’y plonge avec démesure, pour échapper au fatalisme de cette condition dont elle ne veut pas.
Tout au long du récit, le dialogue avec son père ne passe pas ou peu, mais il est malgré tout essentiel, même si des milliers de kilomètres les séparent, elle à Hong-Kong, lui à Belleville. Il est ce fil tendu et ténu qui ne casse pas.
Il dit peut-être que vouloir se départir de ce poids inconscient est impossible, qu’il faut en quelque sorte « faire avec » pour se construire autrement, s’émanciper sans tomber dans les pièges de ce désir de liberté « à tout prix » qui peut être une source d’aveuglement.
Le temps se charge de le rappeler à Sam-Yut qui vit sur place une histoire compliquée avec un chef français que tout le monde s’arrache. Le quotidien de cet homme agit comme un miroir aux alouettes, certes Sam-Yut est séduite car cette vie d’opulence, mais il ne faudrait pas qu’elle s’y perde…
Cet avenir flamboyant d’expat à Hong-Kong ne l’est peut-être pas tant que ça après tout ! La lucidité avec laquelle la jeune femme le comprend est douloureuse, mais nécessaire, l’occasion de se trouver soi.
Assumer ses racines, ne laisser personne vouloir nous mettre dans une case, ne pas accepter le racisme banalisé et les héritages coloniaux d’un autre siècle.
Ce roman vibre d’éclats de vie, il est résolument moderne et porte la voix de son autrice libre et engagée.
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Résumé :
« Ça veut dire quoi, en vrai, la conquête et la soumission ? Ça veut dire quoi avaler 6 kilomètres de distance et 552 mètres d’altitude en pousse-pousse ? Moi, j’ai le souffle coupé rien qu’en montant les escaliers du métro. Les hommes courbés à l’avant des rickshaws, eux, n’avaient pas le luxe de prendre l’escalator. Voilà ce que ça veut dire. Ces hommes qui tiraient les maîtres ressemblaient à mon père. Dans cette histoire dispensée par les professeurs, je suis du mauvais côté du pousse-pousse. »
Pour échapper au pressing familial de Belleville et aux silences de son père, la jeune Sam-Yut décroche un job inespéré dans une grande entreprise à Hong Kong et quitte la France. Entre les tours vertigineuses de Central et les ruelles prolifiques de Kowloon, elle cherche à tourner une page et à apaiser sa peur de ne jamais être à la hauteur.
Dans cette ville électrique à l’ambition démesurée, elle se lie à Nicolas, un chef français qui a le vent en poupe. Il lui ouvre les portes des soirées mondaines et de l’univers léché des expatriés… jusqu’à ce que Sam-Yut réalise qu’elle n’en fera jamais vraiment partie.
Les Nouveaux Territoires explore les paradoxes nés de nos fantasmes coloniaux ; c’est aussi l’histoire d’une métamorphose : le chemin d’une femme qui choisit enfin de s’appartenir.

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