Le livre de Danutė Kalinauskaitė a été élu livre le plus créatif de l’année 2023 en Lituanie. Il est traduit par Miglė Dulskytė, qui est à la fois traductrice et bibliothécaire.
Ce livre est tentaculaire, vertigineux !
Il nous fait comprendre à quel point il est important de transmettre le récit familial avant qu’il ne se perde dans les méandres du temps et qu’on ne sache plus vraiment d’où l’on vient.
Danutė Kalinauskaitė nous fait ici entrer dans la généalogie tourmentée d’une famille lituanienne.
Une jeune femme, la narratrice, est contactée au sujet d’un mystérieux héritage, mais pour y prétendre, elle va devoir prouver le lignage et faire des recherches dans son pays natal.
Pour remonter le fil de sa généalogie, elle doit détortiller les nœuds et essayer de mettre des visages sur les absents de son arbre.
La seule personne qui pourrait l’aider est sa mère, mais celle-ci perd peu à peu la mémoire et mélange à ses visions du passé ses chimères actuelles.
L’histoire de sa famille se mêle également au passé historique de la Lituanie, un pays qui aura connu l’annexion polonaise, soviétique, l’occupation allemande, et beaucoup d’autres rebondissements.
Si ce roman se construit en clair-obscur, c’est que la Lituanie est un pays de forts contrastes !
Avec cette lecture, on approche son histoire complexe, sa langue unique. Le lituanien est un trésor : en ce qui concerne sa structure singulière, on le compare même au sanscrit ou au grec ancien… C’est une des dernières représentantes des langues baltes (avec le letton), son passé est donc tout aussi profond et fascinant que notre intrigue. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire les mots en langue originale dans le texte, ce qui m’a donné envie d’en savoir plus (j’adorais mes cours de philologie à la fac !) et d’en écouter la prononciation avec mon traducteur automatique (qui ne remplace certainement pas la langue parlée par un vrai locuteur !).
Retrouvez plus d’infos sur le site de l’éditeur
Résumé :
Informée par un anonyme d’un héritage inattendu, Dalia quitte Londres et retourne dans son pays natal, la Lituanie. Pour prouver ses liens avec un parent inconnu, elle s’attelle à remonter le fil du passé et à recueillir les souvenirs de sa mère.
Celle-ci tente alors de raconter deux siècles d’histoire familiale : une galerie de personnages et de destins se dresse, au détour des archives et des replis de l’Histoire. Mais peu à peu, la maladie gagne la mère, la folie la guette, et ses récits deviennent de plus en plus incertains. À mesure que les souvenirs se bousculent, de mystérieux hommes en noir surgissent dans la vie des deux femmes, bien décidés à enrayer le fragile travail de transmission.
Blanc contre Noir invite à réfléchir à ces moments où les rôles familiaux s’inversent – quand les enfants deviennent responsables de leurs parents -, à ce que l’on hérite sans le savoir – fortune et secrets de famille -, et à ces questions que l’on ne pose pas, ou que l’on pose trop tard, lorsque les réponses risquent de ne plus jamais pouvoir être données.

Découvrir une autre chronique aux Éditions Bleu et Jaune : L’île Ø de Peter Balko, traduit du slovaque par Barbora Faure






