Touhfat Mouhtare nous raconte la vie sur le fil, alors qu’elle plonge brutalement dans la clandestinité, toutes ses certitudes vacillent.
Car, comment se construire dans la stabilité alors que tout semble aussi nébuleux ?
Étudiante en France, originaire des Comores, Touhfat Mouhtare va manquer le rendez-vous obligatoire du renouvellement de son titre de séjour.
Est-ce un acte manqué ? Une manière de faire valser les conventions et ce qu’elles ont de déshumanisant ? Est-elle victime d’un épuisement face à la montagne de démarches administratives ?
Après, c’est le parcours du combattant qui commence, car une fois perdu, ce droit d’asile, il faudra le reconquérir « avec les dents » et faire face à des situations administratives ubuesques.
Même si cela peut paraître vertigineux, insurmontable, cette quête d’identité est aussi une réappropriation de soi (qui n’est pas juste un dossier parmi d’autres !), de sa liberté d’exister et du territoire de l’enfance.
Car Touhfat a vécu des situations d’insécurité dans sa jeunesse, qui l’ont conduite avec sa famille à quitter dans l’urgence un pays en guerre… Cette nouvelle fuite fait-elle écho à ces souvenirs ?
Ne pas se réjouir trop vite, prendre le bonheur avec des pincettes – il est si fragile – et être prête à faire ses bagages à tout moment… Ces comportements seraient quelques-uns des effets visibles actuels de ces départs précipités passés.
C’est un roman plein de vie, de questionnements, une quête d’identité généreuse, authentique, d’une fluidité poétique savoureuse et qui dit clairement les difficultés du déracinement, de l’attachement à une patrie et comment la société vous demande encore et encore de le « prouver »…
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Résumé :
« “Il ne faut pas se réjouir trop et trop longtemps. Cela te rend aussi perméable qu’un bout de pain plongé dans du thé : tu gonfles et tu finis par exploser. ”
Nous rions, ma meilleure amie et moi, de cette théorie qui nous vient de sa mère. Pourtant, je me surprends moi-même à écourter mes joies. Ainsi ai-je interrompu, un jour d’avril, mon séjour légal en France. »
Alors que sa vie bascule sous le règne de la clandestinité et du qui-vive permanent, Touhfat Mouhtare s’interroge : d’où vient cette sensation de familiarité avec la crainte d’être démasquée, le sentiment d’urgence, la nécessité de ne surtout pas laisser la joie s’installer ?
Mise dos au mur par sa situation désespérée, l’autrice sera sommée de répondre à une question longtemps fuie. Il lui faudra, en autant de chapitres, dénouer onze nœuds, lacés il y a bien longtemps sur la corde de sa vie.
D’une saisissante profondeur, ce texte où la spiritualité du récit initiatique côtoie l’espièglerie du conte nous pose une question radicale : comment s’accorder le droit de vivre ?
