Menu
Menu

Reims, Yann Moix

Ce livre est d’une noirceur profonde, une fange littéraire où Yann Moix utilise les mots assassins, humiliants et toujours avec cette fascination morbide, cette contemplation de soi non pas narcissique je crois mais provocante.

Dans ce deuxième opus qui fait suite à Orléans, il le fait à travers le prisme d’une lutte sans fin entre (étudiants) dominés et dominants.

Il éructe tout ce qu’il est, cette détestation de lui-même prend même un nouveau visage à travers les portraits de ses camarades de promo et autres.

Suicidaires, limite dégénérés, malsains, humiliés… Ses compagnons d’infortune sont à son image, des doubles revêtant l’une ou l’autre des tares dont il s’afflige lui-même.

Voilà un livre qui ne va pas rendre hommage à Reims et à sa fameuse école de commerce…

Yann Moix ou plutôt son narrateur n’aime ni la ville, ni l’école, ni les étudiants… D’ailleurs que fait-il là ?

Après avoir échoué à l’entrée d’autres écoles plus prestigieuses, le choix était vite fait.

Médiocre pour médiocre, il va se complaire dans cette inaptitude sociale et intellectuelle : il est ici par dépit, exècre l’économie et tout ce qui s’y rapporte, tout en portant aux nues la littérature et ses modèles de l’époque (tous les Roger qu’ils soient Gilbert-Lecomte, Caillois ou Vailland).

Mais pourquoi s’autoflageller à ce point ?

Entre fiction et réalité, il est difficile de savoir où se situe la vérité.

Il semble tout de même faire référence à ses textes et dessins ignobles dont il s’est expliqué et excusé dans la presse.

Le jeune Moix attiré par tout ce qu’il y a de plus pernicieux n’est plus.

Si Reims est un texte virtuose, il est aussi profondément déprimant.

Retrouvez plus de détails sur le site de l’éditeur

𝗥𝗲́𝘀𝘂𝗺𝗲́ : Reims constitue le deuxième volume de la tétralogie, ou du quatuor, que l’auteur a intitulé « Au pays de l’enfance immobile », dont Orléans paru en aout 2019 était le premier opus, et dont Verdun et Paris seront les troisième et quatrième.
Le narrateur s’est enfin échappé du cauchemar familial d’Orléans, il aspire aux plus grandes écoles pour « monter à Paris » mais ses résultats médiocres aux examens de mathématiques le font atterrir à l’Ecole supérieure de commerce de Reims, vécue par lui comme une relégation en troisième division.
Ici tout n’est qu’ennui, impuissance, obsession sexuelle jamais assouvie, dérive alcoolisée, débâcle progressive avec une petite bande de paumés masturbateurs et suicidaires qui tournent le dos à la compétition scolaire pour mieux affirmer leur différence.
Dans cette course à la vanité paradoxale de l’échec, avec les mots brandis contre les chiffres, la littérature contre les mathématiques, le déclassement contre le classement, la révolte contre le conformisme, la provocation contre la convocation, il va s’agir, à défaut de briller par le succès, de se distinguer par l’ignominie.
Sur cette bande de pieds nickelés travaillés par la chose littéraire qu’ils ne travaillent pas, plane l’ombre des « Simplistes » qui étaient parvenus à produire des œuvres belles et profondes à partir de Reims  : René Daumal, Roger Gilbert-Lecomte, Roger Vailland et d’autres qui ont illuminé la revue littéraire Le Grand Jeu, là où leurs pâles successeurs   ne sont plus capables que d’un tout petit jeu grinçant et misérable.
Reims, ou la prolongation de la haine de soi quand la haine des vôtres vous a définitivement incarcéré au « pays de l’enfance immobile »…

Reims, Yann Moix

Étiquettes : ,