Alexandra Saemmer est chercheuse en sciences sociales. Si elle porte le poids de son héritage familial, une histoire lourde et difficile à définir, c’est donc assez naturellement qu’elle va se pencher sur cette question des origines.
Un lieu – Auspitz – qui n’existe sur aucune carte actuelle, serait le théâtre de la tragédie et va donc concentrer toute son attention.
Un peuple aurait tout simplement disparu, dilué dans les pays d’après-guerre après la défaite allemande en 1945. Il s’agit des Sudètes, minorité germanophone chassée de Tchécoslovaquie pour avoir pactisé avec le mal, autrement dit les nazis. On les retrouve dans une Allemagne défaite, au lendemain de la guerre, déportés dans des conditions extrêmes, privés de citoyenneté, expropriés.
Les Sudètes auront donc payé le prix de cette alliance : peuple sans pays, propriétés accaparées et terres spoliées, de bourreaux ils sont devenus victimes. Bien entendu, comme souvent, ce sont les femmes qui auront été les premières victimes de cette violence vengeresse…
Aujourd’hui encore, la question des Sudètes est un sujet sensible et politisé sur certains réseaux sociaux.
C’est auprès de sa famille, aux archives mais aussi sur Facebook que l’autrice va enquêter autour de communautés sudètes réunies autour de la mémoire de ces événements.
En même temps, ses recherches vont lui permettre de clarifier son histoire familiale et de savoir si son grand-père adhérait aux idées du troisième Reich (de nombreux Sudètes se sont opposés au nazisme et ont quand même subi cette ostracisation).
Un récit documentaire éclairé pour guérir du passé et raviver une mémoire tronquée.
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Résumé :
“Voilà ton héritage. Prends-en soin.” À l’intérieur de la pochette que me tendait ma mère, le titre de propriété d’une ferme à Auspitz : une maison comportant trois chambres, une cuisine, une buanderie ; une grange ; une étable abritant 25 cochons, 20 oies, 20 poules ; un hectare de terrains destinés à la culture de la pomme de terre, du maïs et du fenouil ; un jardinet ; des arbres fruitiers ; un étang.
La liste des biens était précise. Or, la ville d’Auspitz ne figure plus sur aucune carte. »
Chercheuse en sciences sociales, Alexandra Saemmer part sur les traces de sa famille, dont l’histoire a toujours été cachée au fond des tiroirs, noyée dans l’oubli et la honte. Car l’autrice descend de Sudètes, un peuple sans pays, expulsé de Tchécoslovaquie à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour avoir voté en faveur de son intégration dans l’Allemagne nazie.
Née en Allemagne, l’autrice a grandi avec la honte d’appartenir au peuple des « bourreaux ». Mais c’est aussi la honte des soldats vaincus, des suprémacistes déchus, des femmes violées à la marge des champs de bataille et des réfugiés partis de leur pays sans rien, qu’elle croise au fil de son enquête.
Pour comprendre si son grand-père, soldat dans la Wehrmacht, a adhéré au national-socialisme, élucider le secret des origines de sa mère et retrouver son oncle mystérieusement disparu, il lui a fallu s’aventurer dans les zones grises et silencieuses de l’histoire. Aux archives et aux entretiens s’est ajouté un fascinant travail ethnographique au sein de groupes Facebook où la communauté sudète se raconte, à l’abri des regards.
En résulte un livre hanté par le fantôme d’une Europe en guerre, une troublante réflexion sur la mémoire des peuples et des choix collectifs et, à travers le récit de gens ordinaires, un espoir : réparer les vivants.
