Déshabiller nos solitudes, Rozenn Guilcher

Déshabiller nos solitudes de Rozenn Guilcher, Les Éditions Sulliver

Un recueil de nouvelles de Rozenn Guilcher (dont certaines ont été primées), une écriture à fleur de peau pour nous parler de la solitude dans tous ses états.

En même temps qu’il embrasse toutes les nuances de solitudes : qu’elle soit sociale, émotionnelle voire existentielle, ce livre a provoqué chez moi des émotions très contrastées.
Avec ces phrases courtes, concises, débitées dans le souffle, tantôt douces ou fiévreuses, Rozenn Guilcher nous entraîne dans le vertige qui assaille ses personnages.
On s’y retrouve donc parfois, au détour d’une phrase : cette sensation d’isolement, cette tristesse, cette hyper vigilance, des heures qui tournent et nous échappent, la solitude des aînés en parallèle de nos vies actives (la culpabilité parfois), les enfants qui grandissent et le foyer parental qui se vident de leurs rires, le silence.
Cela pourrait être mille vies et ça serait toujours un peu la nôtre. Cette solitude tourne autour du lecteur, tu sais que tu peux y être confronté, c’est comme une espèce de fatalité à laquelle tu ne peux pas échapper.
Affleure sous les mots de Rozenn Guilcher une révolte.
Car, comment ne pas être révolté par la situation de ceux vivent la précarité de situation et de cœur (Adela, Chant d’un pays de sable, Dans ce pays là-bas) ? Comment ne pas ressentir de peine pour cette mère vieillissante qui ne semble plus intéresser personne, pas même son enfant devenu adulte (Dans la forêt des fleurs coupées) ? Et cette femme qui cherche sur les réseaux l’affection qu’elle n’a pas dans sa vie, ne nous ressemble-t-elle pas un peu (Le cinquième homme) ? Et cette victime, qu’est-ce qu’elle dit de la solitude, de ce qu’elle peut provoquer (Ce qui a été emporté ne reviendra pas) ?
Oubli, isolement, exclusion, tristesse, vide, nostalgie des jours heureux, le pays de l’enfance perdu…
Rozenn Guilcher m’a fait réfléchir sur moi, les actions que je pourrais entreprendre pour aider les personnes seules autour de moi ou celles qui se sentent seules (on peut se sentir seul au milieu d’une foule).
La solitude est une folie (la santé mentale de ceux qui la ressentent est impactée), comment pourrions-nous faire collectivement et dans nos vies personnelles pour contrer ce phénomène ?
Donner de la légèreté, réveiller nos consciences engourdies, faire preuve de plus de solidarité et d’humanité. Ne pas fermer les yeux.
Pour conclure cette lecture dévorante, voici quelques données issues du rapport Solitudes 2024 de la Fondation de France :
✦ 1 personne sur 4 déclare se sentir seule en France et en souffrir
✦ 1 jeune sur 3 (25-39 ans) se sent très seul (deux fois plus que les 60-69 ans)
✦ 17 % des personnes précaires sont isolées. 37% d’entre elles se sentent seules
✦ 12 % de Français se trouvent en situation d’isolement relationnel

Retrouvez plus d’infos sur le site des Éditions Sulliver

  • Résumé :

Cette jeune femme qui ne peut cesser de dialoguer avec son bébé mort (Tu sais, un jour, j’ai eu deux cœurs)… Azura qui a perdu la moitié de son visage dans un attentat: elle vit depuis lors derrière un masque (Ce qui a été emporté ne reviendra pas)… Et puis la précarité affective de l’immigré toujours en marge des regards et des existences; l’incompréhension de l’aïeule qu’un fils aimé pousse vers la maison de retraite; l’attente et le désarroi de l’enfant dont la mère a quitté le foyer sans un mot… mais aussi, deux êtres qui entrevoient la plénitude amoureuse…
En lisière de conscience, là où les émotions naissent, le vacillement envoûtant de la voix de Rozenn Guilcher dénude mot à mot ces régions mentales si vulnérables où s’assemblent –ou bien se délitent– les liens qui nous unissent.
Se rejoignant autant par leur ton que par leurs thèmes, ces nouvelles impressionnistes rappellent combien nos vies sont incertaines et combien le «vivre ensemble» est à la fois prodigieux et fragile.

Déshabiller nos solitudes de Rozenn Guilcher, Les Éditions Sulliver

Autres posts