Ce livre, « ça me tue ! »
Happée par ce texte féroce et désespérant. Sandrine Bourguignon nous fait entrer dans la tête de Moby, un adolescent qui n’existe plus que par ce surnom déshumanisant, celui de sa mobylette qu’il a lui-même baptisée la Bleue.
Moby va fuguer, plaquer un monde apathique dont il a fait trop vite le tour en emportant avec lui un livre dont la signification n’est que trop évidente, puisqu’il s’agit de Peter Pan.
Son vagabondage est initié par l’absence de perspectives sur fond de désolation sociale et affective, avec un père qui se bat pour conserver son emploi et une mère dépressive, distante.
Le paysage n’est pas non plus très reluisant, même si on peut trouver une certaine poésie aux mornes levers de soleil sur la centrale nucléaire toute proche.
L’errance de Moby sur sa Bleue sera ponctuée de rencontres, en général des marginaux, quelques clochards célestes et une fille, avant qu’il ne retourne à cette solitude qu’il porte chevillé au corps jusqu’à la dernière page, même si c’est en meute qu’il avance dans le néant.
Et puis, en point de mire, il y a la mer, parce que c’est toujours là que tout finit.
Si elle se retrouve si bien dans la psyché torturée de ce jeune homme de 16 ans, c’est que Sandrine Bourguignon travaille aussi dans le secteur médico-social auprès d’un public adolescent.
Autant dire que ce désespoir, elle le connaît.
Salinger, Kerouac… L’autrice s’est nourrie de leurs personnages à contre-courant pour nous proposer ce road movie hypnotique.
Ce livre m’a surtout fait réfléchir sur la santé mentale des jeunes, à leur manière d’être en société (la plupart du temps en décalage) ou de choisir de s’en exclure.
Il pointe du doigt l’absurdité de ce monde d’adultes, incapable de leur donner l’assurance d’une vie meilleure…
Retrouvez plus d’infos sur le site des Éditions Sulliver
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Résumé :
Moby est un garçon de 16 ans qui a pour seule amie une mobylette. «La Bleue» l’accompagne dans ses virées autour de la centrale nucléaire voisine, dans la zone où son père organise un piquet de grève, tandis qu’à la maison la mère berce un interminable chagrin.
Il partira un soir sans savoir qu’il part pour de bon.
«Je crois que je vais faire le mort.
Au moins quelques jours, des fois qu’on me recherche ou quoi. Je pensais que ce serait plus difficile, douloureux. Il y a comme un rythme et je n’ai plus qu’à me couler dedans. Ça se fait sans moi et j’y suis bien, ça n’est pas de ma faute. Mes parents je veux dire. Ils seront un peu tristes au début, mais finalement, ils sauront que c’est mieux sans moi. La vie de toute façon, ça n’avait pas vraiment pris chez nous.»
Une fugue pour nulle part, jalonnée par des rencontres avec des clandestins, des indignés, des taulards, des vétérans, des clochards célestes et des paysans qui n’ont plus les pieds sur terre. Le peuple de la marge, témoin des limites de nos existences.
Le temps d’une campagne électorale, Moby traversera tout le pays. Jusqu’à la mer. Et au-delà…

Découvrir Novembre d’Alena Mornštajnová Alena aux Éditions Bleu et Jaune. Ce roman a reçu le Prix du Livre tchèque en 2022. Il est traduit en français par Anaïs Raimbault Biret.