Je découvre Marcelle Tinayre à la faveur d’un festival qui lui est consacré sur l’île d’Oléron : Femmes en livres
À son époque, le Bulletin de l’université du Texas parle de Marcelle Tinayre en termes élogieux et la surnomme la ‘George Sand du Limousin », voilà qui pique ma curiosité…
J’apprends que c’est une femme de lettres engagée : elle a défendu l’égalité hommes-femmes, donné de multiples conférences sur ce sujet (nous sommes dans la première moitié du 20ème siècle, ce n’est pas si banal), a écrit plus d’une trentaine d’ouvrages (traduits dans le monde entier) et collaboré au journal féministe La Fronde.
Elle est à l’origine, en tant que cofondatrice, du prix « Vie heureuse », le futur prix Femina.
C’est aussi une grande voyageuse.
Certaines de ses opinions troubles lui ont tout de même valu des critiques appuyées : romans anticléricaux, refus de la légion d’honneur en 1908, prise de position contre les révolutions communistes, participation à un journal pétainiste…
Voilà pour le portrait succinct.
L’oiseau d’orage est son premier roman, publié en 1894.
Il se situe à la Belle Époque avec tout ce qu’il faut de mousseline, ombrelles et froufrous tel qu’on se l’imagine.
On y retrouve Marthe, une héroïne « à la madame Bovary » aux prises avec une passion amoureuse.
Ce roman de mœurs a pour cadre la lumineuse île d’Oléron. Comme je vis juste en face dans la presqu’île, je reconnais la délicatesse naturelle de son trait de côte et d’autres lieux bien connus de la Charente-Maritime (Rochefort, Marennes…), un paysage qui se charge peu à peu de l’aura écumeuse et voluptueuse de la passion.
Si Marthe se laissera presque trop facilement séduire, étant donné la confiance qu’elle porte en son mari et sa foi qui semble inébranlable, elle comprendra ensuite avec une lucidité brûlante l’hypocrisie de l’homme qui l’a mise dans cet état d’aveuglement amoureux et s’en déresponsabilise (d’après moi, c’est ce regard qui est très actuel, féministe car il questionne la relation hommes-femmes, la domination exercée mais aussi la notion de désir).
Elle est jeune, belle et intelligente, son mari médecin a peu de temps à lui accorder… La présence du jeune et galant Jean Demarcys apparaît comme un substitut facile à son ennui, d’autant qu’il sait y faire pour manipuler la jeune mère de famille.
Une romance au goût de sel, de pins maritimes, épicée d’immortelle des dunes.
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Résumé :
Passion amoureuse à Oléron, drame de la Belle Époque, L’Oiseau d’orage est un roman de mœurs provinciales,
porté par une langue vivante et sensible. Un roman, à la fois classique et audacieux, dont l’héroïne est une sorte de Madame Bovary, avec de belles pages sur Marennes-Oléron.
L’Oiseau d’orage pourrait « être classé parmi ceux dits féministes, car on y sent par endroit le souffle des revendications qui font s’écrouler le passé » (J. d’Antilly, 1901).
Postface d’Alain Quella-Villéger

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