Libérations, Cédric Vallet

Libérations de Cédric Vallet aux Éditions Bayard

À travers ce récit intime et déconcertant, le journaliste Cédric Vallet n’enquête pas seulement sur le passé de ce père, colérique et énigmatique, il donne aussi à voir les travers d’un milieu carcéral en souffrance, lui-même pourvoyeur de violence, qui peine à montrer la voie de la résilience et d’une réinsertion durable.

Cédric Vallet raconte son enfance chaotique et néanmoins aimante à l’ombre d’un père insaisissable, parfois inquiétant, qui est aussi un talentueux écrivain, connu sous le pseudonyme littéraire d’Alain Dubrieu (Le désert de l’Iguane, Une vie à la godille…), il sera même reçu dans la mythique émission de Bernard Pivot, Apostrophes.
Mais des années de prison de ce dernier, il ne sait rien ou presque, et il est trop tard pour poser les questions auxquelles il n’aurait certainement pas répondu, mais dont certaines réponses se laissent néanmoins entrevoir dans ses romans.
Ainsi, Cédric Vallet s’attelle à la difficile tâche de remonter le fil de l’histoire (et ce n’est pas qu’une image, il faut beaucoup de persévérance pour ouvrir certains dossiers judiciaires auprès des administrations concernées) pour comprendre enfin d’où vient la colère paternelle qui semblait par moment exsuder par tous les pores de sa peau.
Braqueur de banques dans les années 60, Alain Vallet aura connu huit années d’incarcération.
Les conditions de détention étaient alors dégradantes, la violence intrinsèque du système, qu’elle vienne des autres prisonniers, des gardiens, des règles arbitraires appliquées ou de l’absence d’hygiène manifeste dans les geôles poisseuses…
Comment croire alors à une quelconque forme de réhabilitation quand la société vous déshumanise, vous ôte toute trace de dignité au lieu de vous éduquer au « bien » ?
Cédric Vallet raconte la révolte prisonnière qui en a découlé, son père étant partie prenante de ces événements.
L’histoire personnelle révèle ainsi l’histoire plus grande de l’univers carcéral vue depuis la cellule des prisonniers.
Il y a une forme d’expiation qui effleure dans les mots de ce fils qui s’interroge sur son père révolté : libération d’un père, libération d’un fils. Il me semble que la colère peut enfin s’apaiser.

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  • Résumé :

Mon père ne m’a jamais vraiment raconté sa vie. Quelques bribes éparses me sont parvenues. Une vie romanesque et tourmentée, marquée au fer rouge de la violence. J’ai découvert à l’adolescence qu’il avait passé plus de huit ans en prison. Ces huit années, il les avait purgées avant ma naissance, dans les années 1970, mais la trace de l’emprisonnement était omniprésente dans nos vies. »
Il y a l’histoire individuelle bien sûr. Celle d’un homme issu de la classe moyenne  provençale qui se révolte contre les conventions sociales et religieuses, et se laisse happer par la délinquance. Alain Vallet braque plusieurs banques dans les années 1960, teintant, a posteriori, ses actes de couleurs anarchistes et anticapitalistes. Mais il y a aussi la grande Histoire. Celle de Marseille et du crime. Celle de la Justice et de sa sévérité dans la France des Trente Glorieuses. Celle des méthodes d’interrogatoire de la police, des prisons en ébullition de l’après Mai 68. Alain Vallet fera partie des meneurs des révoltes carcérales. Il écrira dans le journal du Comité d’action des prisonniers, inspiré par Foucault, puis dans les colonnes de Libération. Il publiera plusieurs romans sous le pseudonyme d’Alain Dubrieu et sera invité sur le plateau d’Apostrophes par Bernard Pivot. Mais sa révolte, et son mal-être, contaminent la sphère domestique, faite d’excès et de chaos, jusqu’à l’emprise. 
Cédric Vallet mêle le récit intime avec l’enquête sociologique et historique, cherchant à à comprendre l’envers du décor. En retraçant le parcours d’un homme révolté et flamboyant, il tente de réparer, même après la mort, les liens d’une relation père-fils contrariée,  interrogeant à la fois la rédemption par l’écriture et les racines d’une rage destructrice.

Libérations de Cédric Vallet aux Éditions Bayard

Découvrir un livre de la de la collection Les petites conférences des Éditions Bayard : Où s’en vont les gens qui meurent ? de Vinciane Despret

 

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